Si vous voyez ceci, c'est que vous avez un problème avec votre lecteur flash.Une cousine d’Outre-Manche : For your eyes only |
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Par Christophe Colera
FYEO® est une équipe de photographes féminines qui cherchent à créer, selon leur site, des « portraits beaux, sexys, conçus pour célébrer toutes les formes et tous les âges des corps ». Elles photographient aussi bien que des hommes, des femmes et des couples. On peut s’amuser à comparer le concept d’FYEO, né en 2002, et celui d’« Un anonyme nu dans le salon » apparu huit ans plus tard sans être au courant de l’existence de FYEO (l’info circulant finalement assez peu d’une rive à l’autre de la Manche). Les deux projets ont en commun de vouloir valoriser tous les corps, de lutter contre la tyrannie des normes esthétiques de la société de consommation, et d’utiliser la nudité pour retrouver quelque chose de l’authenticité humaine. Les deux souhaitent aussi, par ce biais, « libérer » la conscience des modèles amateur, et leur donner confiance en ce qu’ils sont. Mais les différences sont aussi sensibles. Si FYEO travaille souvent sur la nudité, cela n’est pas systématique : le nu n’est pas au centre de leur concept. FYEO cherche surtout à créer des portraits «sexy, mystérieusement artistiques pour capturer la partie la plus privée de vous-mêmes », une démarche très axée sur la sexualité appréhendée comme la clé d’un « mystère » un peu brumeux, qui mêle ombres et lumières tamisées, jeux de contraste en noir et blanc. D’ailleurs la notion même de « glamour » importée récemment dans notre culture n’est-elle pas elle-même liée à ces effets de lumière auxquels l’Angleterre, qui dispose dans sa langue de tant de tant verbes pour dire briller, scintiller et les mille façons de regarder, est si profondément attachée ? Sans doute l’idée d’associer la sexualité à cette intimité mystérieuse – peut-être liée à la douceur du sweet home ? –, qu’il faut amener à la lumière à travers des jeux de regards complexes, a-t-elle aussi à voir avec un rapport très britannique au corps et à la libido, pas forcément affranchi de connotations victoriennes (les freakers nus sur les stades de foot anglais n’étant peut-être que l’envers ludique de cette problématique intimiste chargé de mystères). Par effet de contraste, le projet « Un anonyme nu dans le salon » peut paraître quant à lui plus large dans ses ambitions puisqu’il intègre le désir sexuel, mais sans s’y arrêter, embrassant une vision de la libération de soi moins chargée de romantisme embrumé. Idan Wizen, quis e réclame de Courbet, est probablement plus proche de Diderot que de l’art de cloudscape et des reflets mélancoliques sur les ruisseaux du Yorkshire sous la pluie. De l’aveu même de ceux qui les fabriquent, le destin des portraits de FYEO est de finir en Christmast cards ou en Valentines qui accompagnent les cadeaux des amoureux. Celui des photos d’Un anonyme nu est de présider aux conversations entre amis dans un salon façon grand siècle, au dessus de la commode ou du sofa. D’un côté l’ntimité ciselée dans le lien personnel fétichisé, de l’autre l’intimité qui ouvre au lien sociétal par delà les différences. Un beau sujet de Cross-cultural studies, vous ne trouvez pas ?
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